L’ERP est mort ! Vive l’ERP ?

 

Les Cassandres annoncent depuis plusieurs mois la mort programmée de tout ce qui porte le nom d’ERP. Humilié par les nouvelles technologies de Machine Learning, maltraité par le passage massif aux solutions Cloud, achevé par les applications super spécialisées louées à l’heure, l’avenir parait bien sombre aux dinosaures de la donnée centralisée et des processus standardisés. Au moment d’apporter un conseil aux entreprises (TPE, PME ou ETI) quel discours tenir sur les outils qui les accompagneront dans leurs évolutions.

 

Si vous demandez ‘mort des ERP’ dans votre moteur de recherche préféré vous remontez un bon million de résultats et la première page est composée quasiment uniquement d’articles annonçant la mort des modèles d’ERP existants . Ils expliquent même doctement que l’utilisation de cet outil sclérosant a empêché société de taxis et d’hôtels d’anticiper l’arrivée de Uber ou de Air B&B (Sic). Sur Linked’in ou sur les blogs professionnels c’est une succession d’articles sur ce déclin annoncé par les ‘spécialistes’ d’un côté et de contre feux allumés par les éditeurs justifiant leur existence de l’autre. Les deux sont, selon le côté ou l’on se place, caricaturaux ou commerciaux mais rarement objectifs et jamais du côté de l’utilisateur final.

D’abord le terme ERP en lui-même recouvre une telle diversité qu’il est difficile de regrouper les acteurs du marché dans un ensemble monolithique de fonctions ou de technologies. Il est alors illusoire de les associer à un avenir commun. Quels sont en effet les points communs d’un Dolibarr et d’un Dynamics 365 ou d’un Clipper avec un Sage Entreprise Management (il ne faut plus dire X3 !) ? Leurs objectifs et leurs couvertures fonctionnelles (sans parler des technologies) sont tellement éloignés qu’il est impossible d’envisager leurs extinctions communes et inéluctables. A lire les articles de ces spécialistes on a le sentiment que seules les entreprises utilisatrices évoluent. Elles seules seraient dans le monde du numérique au côté des nouveaux acteurs du secteur pourvus qu’ils soient labellisés ‘start-up’ et ‘IT’. Les éditeurs d’ERP resteraient totalement autistes à ces évolutions et ne chercheraient qu’à consolider leur socle client. Même si c’est le cas pour certains, en faire une généralité est absurde.

Opposer agilité et ERP n’a pas de sens

La plupart des articles opposent l’agilité des outils super spécialistes à la rigidité des ERP classiques. C’est d’abord totalement faux et ensuite totalement indispensable. Dire qu’un ERP n’est pas souple est faux. Il est souvent très mal maitrisé et très mal intégré dans les processus internes de l’entreprise. Dans la plupart des cas les évolutions de processus ne font pas l’objet d’une remise en cause du flux ERP. Il y a donc un écart qui s’agrandit de jour en jour entre la réalité ‘agile’ de l’entreprise et la photo a un instant t du passé que donne l’ERP. Il est facile pour un service commercial de faire évoluer sa GRC pour l’adapter à ses besoins sans se préoccuper du reste de l’entreprise mais au bout du compte, si l’ERP n’est pas là pour consolider la donnée on lui impute très vite la déperdition d’information. Et les tableaux Excel avec leurs doubles saisies ressortent ! Le potentiel frein à la réactivité est plus financier ou dû à un manque de connaissance des interactions qu’au fonctionnement de l’outil lui même

Il est néanmoins essentiel pour une entreprise, surtout une petite, d’avoir un fil conducteur. La pseudo rigidité de l’ERP a cette vertu de guider l’entreprise sur des bonnes pratiques et d’éviter qu’elle mette en place un processus qui, si il parait efficace et efficient industriellement n’en devient pas moins totalement ingérable en interne faute de continuité de l’information.

Supprimer l’ERP du scope des entreprises en leurs faisant croire qu’une constellation d’outils super-spécialistes communiquera dans de bonnes conditions en suivant dynamiquement toutes les utilisations est, pour le moment, une utopie. L’ERP est le seul garant de la continuité de service en guidant les processus métiers et en rendant la donnée disponible à tous.

Un Ecosystème ERP-Centré

On est bien d’accord que l’ERP omniscient n’existe pas mais il reste néanmoins l’assurance d’une expérience commune et centralisée de l’outil informatique. Il est garant d’une responsabilisation de chacun face aux données entrées (pour le peu que les processus l’imposent). Si l’air du temps est à l’abonnement, aux services à la demande et a l’interactivité, il n’en reste pas moins que l’entreprise a besoin de consolider ses informations entre la GRC et la logistique ou entre la production et les stocks. La tendance lourde est donc bien d’avoir un écosystème centré sur l’ERP. Le travail courant en reste sa prérogative et, lorsqu’il est insuffisant, on ajoute les briques fonctionnelles spécialisées. Cette structure est même devenue un argument pour beaucoup d’outils tel que Odoo qui ne vit que par sa multitude de briques spécifiques. Les ERP à destination des grosses PME ( NAV/AX 365, X3,… ) détournent le problème avec leurs verticalisations fonctionnelles spécifiques souvent raccrochées a des éléments extérieurs (pour la gestion de projet, le planning …)

La multiplication des couts d’usages

Il ne faut pas oublier que cette adaptation pragmatique et efficace ( si elle est bien menée ) a la nouvelle économie à des contrepartie financière non négligeable pour les petites structures. La tendance à s’abonner plutôt qu’à acheter, déplace les budgets et permet une adaptation aux besoins beaucoup plus rapide de l’entreprise sans le frein des investissements. Cela donne le sentiment de faire des économies mais c’est rarement le cas dans les faits. Pour que le coût global diminue il faudrait analyser régulièrement les usages réels et les réajuster a la réalité.

On fait rarement des économies sur l’ERP en ajoutant des applications. Cela diminue le nombre de licences mais le coût d’usage reste globalement le même. La multiplication des interlocuteurs ensuite pose souvent des problèmes de communication lorsqu’un incident se produit. Si vous n’avez pas de service spécialisé, les coûts de maintenance vont vite exploser et les conflits s’enflammer. De même, la multiplication des passerelles nécessaires pour faire ‘parler’ ensemble applications externes et ERP va multiplier les coûts de développements (à chaque évolution de version de l’un des 2 outils). Ces interfaces doivent également vivre en même temps que l’usage des applications évolue pour garantir l’intégrité des données d’un bout à l’autre de l’entreprise. Le coût des licences, cumulé entre ERP et produits externes devient aussi très important.

Faute de maitrise interne des flux, des échanges et des processus, la multiplication des outils peut vite devenir un gouffre financier et une usine à gaz technique impossible à maintenir et, surtout, sapant le but initial qui est de rendre les outils plus communicants.

Le défi des sauts technologiques

Depuis les années 80 les éditeurs d’ERP sont confrontés très régulièrement à des sauts technologiques de grande envergure remettant à chaque fois leur survie en jeu. A chacun de ces sauts de nombreux éditeurs disparaissent, absorbés le plus souvent par de plus gros pour augmenter leurs parcs clients. Le CXP annonce plus de 1 700 produits ERP diffusés en France actuellement. Combien sont encore avec des clients lourds ( au mieux avec une surcouche Web pour certaine application ), des bases de données avec des structures sclérosées et des parcs clients trop petits pour financer les investissements R&D imposés par les évolutions technologiques ?

Il est d’ailleurs a noter que le full Web poussé maintenant par la plupart des éditeurs et tiré par le marché n’est pas la meilleure solution pour faire de la saisie de masse ou du suivi quotidien ( mais ce n’est plus le débat depuis bien longtemps).

La mort ou l’absorption de tous ces logiciels laissent la place à une myriade de strat-up qui proposent des produits au top des nouvelles technologies mais avec une couverture fonctionnelle la plupart du temps indigente. Sauf à s’appeler Microsoft ou Oracle ( et encore ) on ne ré écrit pas un ERP d’un bout à l’autre, couvrant tous les processus dont les entreprises ont besoin, en 2 ou 3 ans. La conséquence est que ces nouveau outils on besoin de logiciels externes pour couvrir leurs manques fonctionnels.

Les éditeurs ont d’ailleurs compris la leçon. L’architecture trois tiers leur permet d’être beaucoup moins dépendant des évolutions technologiques et ils restent ouverts au milieu extérieur en n’hésitant pas à s’associer à des produits tiers là ou leurs logiciels atteignent leurs limites. Ils se sont mis également au développement massif de nombreux plug-in web permettant d’ajouter une couche fonctionnelle modulaire et souple à leur produit de base.

Un tissus industriel encore loin du débat sur l’agilité des outils informatiques

Mais plaçons-nous maintenant du côté des clients utilisateurs. Chaque entreprise, pour survivre, développe ses propres stratégies commerciales, industrielles ou organisationnelles. Ne pas le faire, dans le tissu économique actuel, mène immanquablement au désastre. Elles le font donc bien ou très bien.

Je sépare ici les entreprises qui ont des services SI dédiés, du tissus de TPE/PME (moins de 100/150 salariés) qui n’ont, la plupart du temps, pas de compétences dédiées internes.

Lorsque l’on audite ces petites entreprises on trouve quasi immanquablement des empilements hétéroclites d’ERP, de GRC, de CAO qui ne communiquent pas (ou très mal) et, au final, on a des myriades de tableaux Excel qui servent à réparer le manquement du SI. La perte de temps est hallucinante et les improductivités nombreuses.

L’essentiel de ces TPE/PME sont réactives, adaptables, agiles mais l’essentiel ( en nombre ) d’entre elles est très loin d’être en capacité d’intégrer sereinement des systèmes éclatés entre plusieurs produits dans de bonnes conditions. En dessous de 100/150 salariés l’infrastructure logicielle repose le plus souvent sur une bonne volonté interne d’un cadre et sur les prestataires informatiques avec éventuellement un dirigeant qui pousse à la roue pour mettre en œuvre des outils adaptés.  Mais il y a une grande différence entre avoir la volonté et les budgets pour intégrer le produit qui répond à une problématique de croissance ou d’évolution et d’avoir la capacité de de cette intégration. Sans parler du suivi sur le moyen ou le long terme des évolutions.

Au final, les besoins de ces petites PME, parfois en très forte croissance, sont moins dans la nécessité d’une agilité logicielle que dans l’impératif d’un suivi sur le long terme des outils informatiques existants et de leur intégration propre et efficace dans les processus essentiels de l’entreprise.

Qu’un certain nombre d’entreprises, de par leurs clients, aient une nécessité vitale d’intégrer des outils high-tech ou des briques logicielles super spécialisées, cela va de soi et heureusement pour l’attractivité du tissus économique. En tirer la conclusion que c’est le cas de toutes les entreprises et que cela annonce la mort de tout le reste. Non.

 

Vers L’EPR de demain

J’ai évoqué plus haut les sauts technologiques. La montée en puissance des IA et du machine Learning va indubitablement impacter la réflexion autour des ERP dans les années à venir. Ces technologies sont aujourd’hui intégrées dans des outils super spécialisés mais ils vont bien sur arriver dans toutes les strates des logiciels d’entreprises. Combien de temps, cependant, faudra-t-il pour que les entreprises acceptent que leurs processus soient pilotés par la machine ? L’évolution, inéluctable, sera lente du simple fait de l’acceptation sociale de ce type d’outils et de la nécessité pour les cadres d’en appréhender toute l’implication dans les processus organisationnels des entreprises.

Les ERP de demain intégreront ces technologies dans des outils globaux qui se ‘verticaliseront’  de façon beaucoup plus pointue qu’aujourd’hui en ajoutant une couche web ergonomique et intuitive a de la puissance de calcul et de l’anticipation. L’ERP sera chargé d’assurer la communication entre les applications, l’analyse des données, la stabilité et l’intégrité des processus métiers. Il sera la garantie de l’intégrité, de la légalité des transactions et de la sécurité des informations.

Les arguments apportés au déclin de l’ERP sont nombreux mais ne justifient pas, en eux même la fin des ERP. Les éditeurs feront ce qu’ils ont toujours fait. Ils s’adapteront en intégrant les nouvelles technologies, en les éprouvant et en les rendant disponibles à l’ensemble de l’entreprise.

 

ACCDT ERP BZH/10.10.2018

 

Quelques articles sur le sujet :

https://www.linformaticien.com/actualites/id/38775/la-fin-de-l-erp.aspx

https://www.journaldunet.com/solutions/expert/65104/la-fin-de-l-erp—pourquoi-le-rachat-de-netsuite-par-oracle-n-y-fera-rien.shtml

https://itelligencegroup.com/fr/local-blog/lerp-est-il-mort/

https://www.appvizer.fr/magazine/operations/erp/lerp-est-mort-vive-lerpl

http://www.xerficanal-economie.com/ensavoirplus/Olivier-Passet-Ces-PME-condamnees-a-se-digitaliser-ou-mourir_i3746401.html

 

 

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